Private Musick musique de chambre anglaise sous les Stuart
Les clips audio
Locke: Fantazie de la Suite no 5 en sol
mineur
Locke: Suite no 2 en sol majeur
Les éloges de la critique pour Private Musick
A well-disciplined ensemble, the players achieve a subtlety of give and take with
a seemingly infinite degree of tone colors akin to the best string quartet… Among the
most satisfying […] discs to blow my way this past year.
— Toronto Early Music News (Canada)
This talented group makes up what was called a “broken consort”…
— Classical Music Magazine (Canada)
Among the most satisfying […] discs to blow my way this past year.
— Toronto Early Music News (Canada)
Matthew Locke Henry Purcell Tobias Hume John Blow
Les Boréades Francis Colpron Hélène Plouffe Susie Napper Marie Bouchard
Private Musick, musique de chambre anglaise sous les Stuart
Swan et moi sommes allés dans une taverne où, pendant qu’il écrivait, j’ai joué de
mon flageolet jusqu’à ce que nos œufs pochés fussent prêts. Samnel Pepys
Élisabeth 1ère en surprend plus d’un lorsque, au moment de rendre l’âme en 1603,
elle désigne comme son successeur le roi d’Écosse Jacques VI, fils de Marie
Stuart. Sous le nom de Jacques 1er, ce dernier inaugure ainsi les règnes
anglais de la famille des Stuart; achevée en 1714, couvrant donc tout
le XVIIe siècle, cette époque compte parmi les plus troublées de l’histoire de
l’Angleterre. La Reine Vierge avait su maintenir l’équilibre entre les diverses
instances politiques du royaume, mais Jacques 1er et ses successeurs se montrent
assoiffés de pouvoir absolu, s’inspirant des coutumes et des politiques de la Cour de
France, et sont en conflit perpétuel avec le Parlement. Celui-ci, en effet, s’oppose
autant qu’il le peut aux volontés royales et fait entendre la voix des Puritains; puis,
après plusieurs années de guerre civile, Oliver Cromwell instaure la
République, et Charles 1er est décapité en 1649. À la restauration de la monarchie en
1661, Charles II, «the Merry Monarch», prend Louis XIV pour modèle; puis Jacques II,
demeuré catholique, est renversé par Guillaume d’Orange et sa femme la
reine Marie, fille de Charles Ier. Enfin, le règne de la reine Anne, à partir de 1702,
se déroule dans un calme relatif avant que les Stuart laissent la
place à la maison de Hanovre.
La musique, bien sûr, fait partie de l’agrément et du faste dont s’entourent les
monarques, mais de plus en plus une musique pratiquée en privé, tant par les nobles que
par un nombre grandissant d’amateurs, occupe l’activité des compositeurs. On a cru
longtemps que, pendant la République, I’austère fureur des Puritains avait fait cesser
totalement les activités artistiques et musicales; au milieu de restrictions de toutes
sortes, en effet, les orgues des églises, associés aux splendeurs babyloniennes, sont
détruits et les théâtres fermés, tandis que des hymnes toutes simples remplacent à
l’église les musiques savantes. Si bien que Burney écrira, un siècle
plus tard: «Dix années d’un morne silence semblent s’étre écoulées avant qu’il ne fut
permis à une corde de vibrer ou à un tuyau sonore de se faire entendre dans le
royaume».
La réalité est cependant plus complexe. La musique, loin de se taire, se réfugie
alors dans les demeures, au sein des familles et des assemblées amicales; comme le note
Roger North, elle se pratique en «société privée, car beaucoup
préféraient jouer chez soi plutôt que sur la place publique, où ils auraient été roués
de coups». Et cet exil intérieur a beaucoup profité à la musique de chambre. On chante,
on joue du virginal, du luth, de la flûte à bec — ou de ce flageolet cher à Samuel
Pepys — et de la viole de gambe; ce dernier instrument, qui sera progressivement
délaissé au courant du siècle, agit, aux dires d’Henry de Rouville,
comme une sorte de «catalyseur de la sensibilité musicale britannique», contribuant
«par sa pratique privée […] à sauver la musique anglaise pendant les sombres années du
règne de Cromwell». A l’arrivée au pouvoir de Charles II, la reprise des activités
scéniques et musicales, ainsi que la création de concerts publics, n’a en rien altéré
la ferveur des mélomanes pour la musique domestique.
Et le goût se transforme sans cesse: à la faveur des voyages et des échanges
commerciaux, par les séjours continentaux de quelques musiciens et l’arrivée de
virtuoses étrangers, on importe les nouveautés italiennes et françaises. Le
consort de violes, dont le jeu s’était établi près d’un siècle auparavant,
laisse progressivement la place à la sonate, à la suite de danses, à la basse continue
et à un instrument plus moderne mais encore un peu méprisé, le violon. Jamais
cependant, et ce tant dans les musiques instrumentale que vocale, le sentiment national
ne trahit le riche héritage de la Renaissance. Ainsi la fantaisie polyphonique se
retrouve dans les Suites de Matthew Locke, tandis que les Sonates à
trois et à quatre parties d’Henry Purcell font preuve d’une complexité
contrapuntique plus recherchée que celles des maîtres italiens qui leur ont servi de
modèle.
La pratique privée favorise également l’essor de l’édition musicale, et la famille
Playford publie à partir de 1650 et pendant plus de cinquante ans un
nombre important de recueils de danses, d’airs et de chansons, ainsi que des traités
d’improvisation montrant aux amateurs comment faire des divisions.
Typiquement anglaises, ces dernières se présentent dans une forme proche de la
chaconne, comme des variabons en valeurs brèves bâties sur des grounds, ou
basses obstinées consistant en courts motifs d’accompagnement indéfiniment répétés.
Illustrant toutes les formes instrumentales, des musiciens de grande valeur
remplissent le siècle de leurs compositions. Tobias Hume compte parmi
les violistes les plus importants de son temps, mais, malgré ses demandes répétées, il
n’occupera aucun poste officiel. Soldat de profession, mercenaire par nécessité, ce
jusqu’en Russie, mort pauvre et à moitié fou à l’hospice de Charter House, il laisse
des œuvres dont les titres sont parfois très évocateurs.
Compositeur en 1661 de la Private Musick- institution royale regroupant
de petits ensembles de voix et d’instruments - de Charles II et organiste de la
chapelle catholique de la reine, Matthew Locke laisse beaucoup de
musiques de scène et des œuvres religieuses, ainsi que des consorts pour
violes, qu’il fond dans le cadre de la suite. John Blow est également
rattaché à la Private Musick de Charles II, à partir de 1674, en plus
d’occuper les postes d’organiste à l’abbaye de Westminster et de Master of the
Choristers à la toute nouvelle cathédrale Saint-Paul. Il cèdera l’orgue de
Westminster à son élève Henry Purcell en 1679, pour le reprendre à la
mort de ce dernier seize ans plus tard. Blow écrit surtout des œuvres
religieuses, mais on connaît de lui des pièces de clavecin et deux Sonates à quatre
parties demeurées manuscrites.
Henry Purcell est dès 1677 compositeur pour les violons de la
Chapelle royale, puis membre de la Private Musick de Guillaume
d’Orange, entre autres fonctions. Son œuvre instrumentale comprend
essentiellement des fantaisies pour violes, des pièces de clavecin — le Ground en ré
mineur est la transcription d’un air de l’Ode Celebrate This Festival, et
des sonates à trois et à quatre parties parues en deux recueils, le second publié par
sa veuve à titre posthume. Ces Sonates n’ont pas de forme fixe, le nombre de leurs
mouvements varie, et l’une d’elle consiste simplement en une magistrale chaconne; par
leurs procédés harmoniques et contrapuntiques, elles transforment le moule italien et
proposent une expression intime tout à fait anglaise.
Ainsi, bien qu’il soit apparu à plusieurs comme une époque de moindre importance
après la grande période élisabéthaine, le XVIIe siècle musical anglais n’a pas
démérité; après quelques décennies de transition, correspondant au règne de Jacques
1er, il s’est mis au diapason des nouvelles formes continentales, il a développé une
musique de chambre variée et remarquable, adaptant à l’âme britannique l’esprit du
Baroque.
«Pendant le repas [chez lord Bellasis où j’étais invité], nous
avons entendu un jeune musicien qui arrive de France, où il a étudié le violon pendant
un ou deux ans et qui en joua fort bien. Mais, en toute impartialité, je ne trouve pas
leurs airs meilleurs que les nôtres (bien qu’ils soient très bons) quand ils sont joués
par le même exécutant; je l’ai remarqué au sujet de plusieurs morceaux de Baptiste
[Lully], le grand compositeur d’à présent, comparés à ceux de notre
Bannister. Mais c’était beau de voir avec quelle passion la fille de
Mylord aime la musique; de ma vie je n’ai vu une créature en éprouver une
semblable.» Samuel Pepys, Journal, le 18 juin 1666.
— François Filiatrault
01.Locke: Fantazie de la Suite no 5 en sol
mineur
02.Locke: Suite no 2 en sol majeur
03.Purcell: Sonatas of Four Parts no 6
Z. 807
04.Hume: I am Melancholy
05.Hume: The Passion of Musicke (or Sir
Christopher Hattons choice)
06.anonyme: A division on a Ground
07.Blow: Sonate à quatre, en la majeur
08.Purcell: Sonate en trio no 7 en mi
mineur Z. 796
09.Hume: An Almaine, ou The Lady Canes
delight
10.Blow: Sonate à quatre, en sol majeur
11.Purcell: A Ground, en ré mineur Z.D 222
12.Locke: Fantazie de la Suite no 2 en
ré mineur
Septembre 1997
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