This is possibly one of the best and most enjoyable recordings of early 17Th
century Italian musicI have heard in some time.
— Early Music review (Canada)
L’art des musiciens de l’ensemble montréalais est d’avoir su
rendre saisissante la modernité de cette musique, la soutenant avec un brio technique
et une musicalité irréprochable.
— La Scena musicale (Québec)
The vigour exhibited by these performers is reminiscent of the popular Italian
ensemble Il Giardino Armonico, but the Canadians speak with there one voice and as a
highly unified ensemble (their accuracy of intonation alone is a marvel).
— Opus (Québec)
Il Giadino Armonico et La Fenice sont inimitables, certes. Mais ce disque
n’est pas moins personnel, et les musiciens des Boréades — qui ne copient
personne, quelle que soit la mode du jour — ne cherchent qu’à se faire
plaisir, et à nous le faire partager. (Recommandé par Répertoire)
— Répertoire (France)
Dario Castello Francesco Cavalli Giovanni Battista Buonamente Girolamo Frescobaldi Arcangelo Corelli Salomone Rossi Antonio Vivaldi
Les Boréades Francis Colpron Hélène Plouffe Susie Napper Eric Milnes Grégoire Jeay Olivier Brault
Au fil du temps qui passe, nous apparaît de plus en plus surprenante
l’appellation qu’emploient les historiens de «temps modernes» pour désigner
la période de l’histoire occidentale commençant en 1600. Le mot «moderne», en
effet, signifiait à l’origine ce qui est contemporain ou encore au goût du jour;
ainsi, chaque génération s’est estimée moderne par rapport à la précédente.
Pourtant, à force d’être associé à des expressions artistiques que le temps ou la
mode a rendues désuètes un jour ou l’autre — que l’on songe au modern
style des années 1930, par exemple —, le mot a perdu aujourd’hui une bonne
partie de son sens. Celui-ci cependant était dans sa pleine vigueur en cette aube du
XVIIe siècle et les artistes qui ont effectué le passage, peut-être le plus radical de
toute l’histoire de l’art, de la Renaissance au Baroque ont été pleinement
conscients des nouveautés qu’ils apportaient.
Dans le domaine musical, ce en Italie du Nord, une rupture s’opère
d’avec l’ancienne polyphonie en l’espace de quelques décennies à
peine: l’invention de la monodie accompagnée, de la basse continue et du drame
musical, ainsi que leur corollaire, la découverte du pouvoir expressif de
l’harmonie, fondent une façon totalement nouvelle de composer. Claudio Monteverdi
a été l’un des grands pionniers de cet art des sons tout neuf; cependant, il ne
s’agissait pas pour lui, ni pour ses contemporains, de rejeter la science
contrapuntique. Le moderne, ou la seconda prattica, devait s’ajouter à
l’ancien, la prima prattica, pour enrichir le métier du musicien.
D’ailleurs, cette autre invention du Baroque musical qu’est le style
concertant est, bien plus que son simple abandon, l’aboutissement et la
transfiguration, au moyen d’un nouveau sens mélodique émancipé, de la polyphonie
des siècles précédents.
Les musiciens de la Renaissance avaient écrit les premières compositions pour les
instruments, mais presque toutes, si on excepte les diverses danses, se présentaient
comme des transcriptions ou des adaptations d’œuvres vocales polyphoniques.
Dès les premières années du XVIIe siècle, on assiste, aidée par le développement de la
facture et particulièrement celle du violon, à une véritable explosion dans le domaine
instrumental, tant sur le plan des procédés d’écriture que sur celui des formes
et des genres. Les compositeurs cependant visent, tout autant que dans la musique
vocale, les buts qui sont ceux mêmes du Baroque : en laissant de côté le contrepoint,
ils tentent avant tout, même en l’absence d’un texte poétique,
d’exprimer et de susciter les passions, d’étonner, de séduire, de
convaincre, en un mot de représenter quelques aspects du grand théâtre du monde.
Pour ce faire, ils se familiarisent avec les moyens propres aux divers instruments
et exploitent rapidement les possibilités techniques et rhétoriques de chacun. Ils
découvrent, en effet, que ceux-ci ont plus de liberté, plus de vivacité et moins de
limites que la voix humaine, surtout sur le plan de la conduite de la mélodie —
avec des sauts, des intervalles et des tournures que ne peut produire le gosier
—, et qu’ainsi, comme le dira Johann Mattheson un siècle plus tard, «les
instruments permettent plus d’artifices que les voix.» Se développe alors un sens
nouveau de la virtuosité et de l’ornement; et selon Rémy Stricker, «ce goût de
l’éclat délivre une énergie émotionnelle en même temps qu’il s’enivre
de son jeu», car «le faste du paraître, cher au Baroque, s’épanouit dans
l’aisance du virtuose.» À cet égard, l’indifférence aux timbres n’est
pas aussi répandue que les titres de recueils indiquant «con ogne sorte di strumenti»
le laissent penser : dans ces publications souvent abondantes, les interprètes peuvent
choisir les pièces qui leur conviennent et même les adapter au besoin.
Les formes connaissent une extrême diversité. Alors que la canzona s’émancipe
de son modèle la chanson parisienne, et au milieu d’innombrables pièces de danse,
c’est la sonate qui sera le genre moderne par excellence. Sont possibles, sur
fond de basse continue, toutes les combinaisons d’instruments et de rythmes, et
les mouvements s’enchaînent dans un grand souci de contraste. À un seul soliste,
la sonate obéit au principe de la monodie accompagnée, mais, comme on n’abandonne
pas si facilement l’intérêt que représente le jeu polyphonique permis par deux ou
trois voix, elle devient volontiers «concertante» lorsque plusieurs solistes, au moyen
de jeux d’imitations mutuelles, proposent une sorte de dialogue musical.
Si on excepte les rares danses et ritournelles qui émaillent ses productions
scéniques, Monteverdi n’a pas composé de musique instrumentale. Cependant
d’importants musiciens ayant travaillé dans son entourage ou sous sa direction
ont transposé aux instruments ses idéaux dramatiques et expressifs. Parmi ceux-ci
figurent Salomone Rossi, Dario Castello, Giovanni Battista Buonamente et Biagio Marini.
Salomone Rossi dit Ebreo est au service des Gonzague à Mantoue durant les premières
décennies du XVIIe siècle et jusqu’à sa mort en 1630, victime de la peste ou de
la destruction du ghetto de la ville lors de l’invasion des troupes impériales.
Musicien savant et grand pédagogue, il laisse des livres de madrigaux, des musiques de
scène, des versions polyphoniques de chants hébraïques, ainsi que quatre recueils de
sinfonie, danses et sonates diverses publiés entre 1607 et 1622. Les deux derniers,
résolument dans le stile moderno, sont consacrés à des pièces pour deux dessus et
basse, qui, faisant la transition avec l’ancienne canzona, sont les premiers
exemples de ce que sera la sonate en trio.
Le mystère plane encore autour de l’identité de Dario Castello, connu
uniquement par ses deux importants recueils de Sonate concertate in stilo moderno
publiés à Venise pour la première fois en 1621 et 1629. La page de titre du premier
indique qu’il est chef d’une compagnie d’instrumentistes à vent et le
second nous informe qu’il est musicien à Saint-Marc. Or, entre 1624 et 1649
figure dans les effectifs de la basilique, dont la musique est alors dirigée par
Monteverdi, un Giovanni Castello, violoniste. Est-ce le même, sous un prénom différent
— cela s’est déjà vu — ou un proche parent ? Nous ne le saurons
peut-être jamais. Ces deux publications, qui ne comprennent que des sonates, vingt-neuf
en tout, indiquent pour la première fois que l’orgue ou le clavecin peuvent
servir à la basse continue. Dans le fil du modèle monteverdien, les sonates de
Castello, constituées de sept à neuf sections enchaînées, captivent par leur ampleur,
leur couleur, leur ingéniosité et par les pauses subites, les contrastes de tempos
marqués et les longues cadences qu’elles savent ménager comme autant de
surprises.
Le violoniste Giovanni Battista Buonamente est jusqu’en 1622 à Mantoue le
collègue de Rossi et de Monteverdi — rappelons que ce dernier quitte en 1613 le
service des Gonzague pour s’établir à Venise. À partir de là, il fait quelques
séjours à Vienne, où il accompagne Éléonore de Gonzague au mariage de l’empereur
Ferdinand II, et à Prague, où il assiste aux cérémonies du couronnement de
l’empereur Ferdinand III comme roi de Bohême. On le retrouve en 1633 maître de
chapelle du couvent de Saint-François, à Assise, où il meurt dix ans plus tard. De ses
sept recueils de sonates, canzonas et danses diverses, quatre seulement nous sont
parvenus, dont la publication va de 1626 à 1637 et dans lesquels on voit la
continuation du travail de Rossi dans l’établissement de la sonate en trio. Par
la diffusion de son œuvre et par le travail accompli en Autriche, Buonamente
contribua également à répandre le style instrumental moderne hors des frontières
italiennes.
Tarquinio Merula, violoniste et organiste, occupe divers postes à Bergame, Crémone,
Venise, Bologne et jusqu’à Varsovie. On lui doit quatre livres de canzonas,
publiés entre 1615 et 1651, qui montrent l’évolution de la sonate en trio et
l’affirmation d’une écriture proprement violonistique. Autre collègue de
Monteverdi à Saint-Marc et peut-être son élève, Biagio Marini, improvisateur hors pair,
figure parmi les très grands violonistes de son temps. Ayant séjourné vingt ans en
Allemagne, en plus d’avoir occupé des postes à Parme, Milan, Ferrare et Vicence,
il fait usage de techniques du violon, comme les doubles cordes, récemment développées
par les compositeurs allemands. Son œuvre est abondante et, entre 1617 et 1655,
date de sa dernière publication, son style évolue de façon marquée. Quant à Francesco
Cavalli, bien qu’il ait été toute sa vie rattaché à Saint-Marc comme organiste
puis comme maître de chapelle, il a, à l’instar de son maître Monteverdi,
consacré son génie à l’art vocal, écrivant des dizaines d’opéras pour les
théâtres publics de Venise, Naples et Milan. On est encore frappé aujourd’hui par
l’extrême diversité des passions qu’il met en musique, du lamento le plus
poignant au comique le plus fou, et la beauté de son inspiration lyrique ne perd rien
quand certains de ses plus beaux airs quittent le médium de la voix pour se retrouver
aux instruments.
La grande liberté dont les compositeurs de sonates du premier Baroque se sont
prévalu donne souvent à cette forme en émergence, transformant l’Italie en un
passionnant laboratoire sonore, un caractère débridé, imprévisible, jaillissant comme
une improvisation géniale. Les contemporains ne s’y sont pas trompés, qui ont
nommé stylus phantasticus cette façon de composer pour les instruments. Athanase
Kircher le décrit ainsi dans sa Musurgia universalis, publiée en 1650 : «Le style
fantasque est la plus libre des méthodes de composition, affranchie, pour montrer son
génie, de toute contrainte de texte ou d’harmonie prédéterminée.» Et il mentionne
les toccatas de Girolamo Frescobaldi, illustre organiste de Saint-Pierre de Rome, comme
les exemples parfaits de ce style.
Vers les années 1670 s’opèrent dans le domaine instrumental des
transformations majeures : seront retenues presque exclusivement les deux formes que
sont la sonate à un dessus et la sonate en trio. Leur schéma commun se fixe par la
séparation claire de leurs mouvements, le plus souvent de coupe binaire, par la
stabilité rythmique et la motricité continue de chacun d’eux, ainsi que par
l’affirmation de la tonalité. Arcangelo Corelli a été le principal artisan de
cette modernité fin-de-siècle, qu’on pourrait qualifier de second Baroque
musical. Violoniste virtuose, protégé à Rome par Christine de Suède puis par le
cardinal Ottoboni, il est sans doute le plus «classique» des compositeurs baroques
italiens. Par la perfection, la mesure, l’équilibre dont son œuvre fait
preuve, il a proposé un idéal qui s’est répandu à toute l’Europe durant
plusieurs décennies. Un de ses plus beaux titres de gloire est coup d’envoi du
concerto grosso, sorte de sonate en trio amplifiée sur le plan sonore par
l’adjonction d’une masse plus imposante de cordes alternant avec les
passages solistes. C’est en Angleterre que son œuvre trouvera l’écho
le plus durable et plusieurs éditions proposeront aux amateurs des versions de chambre
des douze concertos de son opus 6.
La sonate en trio devient pour la génération postérieure à celle de Corelli le genre
par excellence dans lequel tout jeune compositeur doit faire ses preuves, montrant à la
fois ses dons mélodiques et son habileté contrapuntique. Ainsi, avant d’être
engagé comme maestro di violino à la Pietà de Venise et tout juste après avoir été
ordonné prêtre, Antonio Vivaldi publie son premier recueil, consistant en douze sonates
pour deux violons et basse continue. Prenant délibérément exemple sur Corelli, qui
avait fait de même dans son opus 5, ou désirant se poser d’emblée comme son égal,
Vivaldi compose la dernière sonate du recueil en forme de variations virtuoses sur La
Follia, un thème, fort populaire à l’époque, soutenu par une séquence de quatre
accords un peu à la manière d’une chaconne.
On constate qu’au-delà de l’unité apparente de ses idéaux et de ses
principes de composition, le siècle et demi de musique qui s’est commodément fait
appeler, et pour diverses raisons extra-musicales, «baroque», recouvre en fait une
grande diversité d’horizons et montre une évolution constante. Il est sans doute
intéressant de rechercher dans le foisonnement créateur du premier Baroque, et comme
autant de tendances en gestation, les éléments qui seront retenus par les générations
ultérieures; mais cette musique conserve aujourd’hui toute sa fraîcheur, son
extravagance, et il faut se méfier de tout jugement basé sur les seules considérations
téléologiques. Enfin, par un curieux retour des choses, et parce que le modèle
corellien nous est plus familier, c’est bien la musique du premier Baroque, avec
son caractère fantasque, qui semble aujourd’hui la plus «moderne».
Composé sur un livret de Giovanni Faustini, le treizième opéra de Cavalli qui nous
soit parvenu, La Calisto, fut créé à Venise à l’automne de 1651. Il raconte
comment Jupiter, descendu sur terre afin de connaître l’étendue des dégats causés
par la chute de Phaéton, tombe sous les charmes de Calisto, une des suivantes de Diane.
La nymphe cependant n’en a que pour la chaste déesse et elle s’offusque des
propositions du maître des dieux — air «Non è maggior placere». Celui-ci prend
alors les traits de Diane pour pouvoir l’approcher et mener à bien ses
entreprises. Intrigue secondaire, un petit Satyre courtise malicieusement — air
«Ninfa bella che mormora» — une autre des suivantes de Diane, la vielle nymphe
Lymphée qui, bien sûr, l’éconduit. Après des multiples chassés-croisés, où
Calisto se rend bientôt compte de la supercherie de Jupiter et où Endymion, amoureux de
Diane, fait sa déclaration au dieu déguisé, Junon fait une terrible colère et demande
aux furies d’enchaîner Calisto. Jupiter apparaît alors à la nymphe sous son vrai
jour, la délivre et lui avoue son amour. Puis, pour la soustraire à Junon, il la
transforme en constellation, c’est la Grande Ourse — duo «Mio foco fatale /
Beata mi sento / infa bella che mormora».