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Disques > Les Boréades > Acis & Galatea
Les clips audioHandel: Sinfonia (presto) Handel: Wretched lovers (Chœur Chorus) Les éloges de la critique pour Acis & GalateaLe résultat est une impression agréable et attrayante de grande énergie et de
vitalité. (5 étoiles) I warmly recommended it L’orchestre Les Boréades est d’une très belle sonorité … Les
différents soli sont remarquables … Le chœur d’ouverture impose
une perfection d’intonation, d’articulation et d’homogénéité qui
trouve son point culminant dans la phrase finale ‘Ah The gentle Acis is no
more’ du superbe chœur de déploration ‘Mourn all ye
Muses’. L’interprétation par les Boréades de l’aimable «masque» pastoral Acis
and Galatea, chef-d’œuvre d’un Haendel dans la trentaine (1718),
est placée sous le signe du sourire. Les flûtes à bec et les hautbois baroques
s’en donnent à cœur joie pour notre plus grand ravissement. Sous la
direction animée d’Eric Milnes (qui tient aussi le clavecin et l’orgue
positif), les Boréades se révèlent un ensemble de premier ordre. (Indispensable de La
Scena Musicale) … L’orchestre est splendide … l’ornementation est
abondante… les deux choeurs extrêmement expressifs du second acte, «Wretched
lovers» et «Mourn, all ye muses» après la mort d’Acis, sont
extraordinaires. Georg Frideric Handel Les Boréades Ce petit chef-d’œuvre de poésie et de musique, où se déroulent les
tableaux riants et élégiaques de la belle légende sicilienne, est d’une
perfection classique, que Haendel n’a jamais dépassée. Au début du XVIIIe siècle, James Brydges, comte de Carnavon et duc de Chandos, avait érigé à Cannons, non loin de Londres, une somptueuse résidence. Les bonnes grâces de la reine Anne et du duc de Marlborough l’avaient fait nommer trésorier-payeur général des armées durant la guerre de succession d’Espagne; ce poste ainsi que des spéculations dans la Compagnie des mers du Sud lui avaient permis d’amasser une fortune colossale. «Few German sovereign Princes live with that magnificence, grandeur and good order», écrivait Macy en 1722 dans son A Journey through England : la demeure de Cannons abritait cent vingt «persons in family» et une garde suisse, dans un luxe encore jamais vu en dehors de la Cour. Une telle ostentation fit dire à John Mainwaring, premier biographe de Handel, plusieurs décennies plus tard il est vrai, qu’on voyait au château «much more art than nature, and much more cost than art.» Princely Chandos, comme le surnommaient ses contemporains, employait un petit ensemble de musiciens : un chœur d’hommes et de garçons, qui non seulement chantait aux offices de la chapelle du château mais aussi «entertained him while at table», et un petit orchestre comprenant des cordes sans alto et deux instrumentistes à vent jouant les flûtes à bec et les hautbois. C’est John Christopher Pepusch qui depuis 1712 dirigeait la musique du duc et, parmi les musiciens, on remarquait les noms de George Monroe, claveciniste, d’Alessandro Bitti, premier violon, et de Francesco Scarlatti, frère d’Alessandro et oncle de Domenico Scarlatti. Vers 1717, George Frideric Handel se rendit à Cannons à l’invitation du duc. Il y demeura un peu plus d’un an comme compositeur en résidence, sans obligation aucune, et ce séjour le reposa sans doute des combats qu’il commençait à livrer pour imposer ses opéras italiens sur les scènes londoniennes. Il y composa des pièces de clavecin, termina les six concertos de l’Opus 3 et offrit à son hôte une série de onze anthems à être chantés dans la chapelle du château, ensemble connu sous la désignation de Chandos Anthems. Il mit également à profit les ressources musicales de Cannons dans un petit opéra biblique, Haman and Mordecai — qu’il refondra plus tard dans son oratorio Esther —, et dans le masque pastoral Acis and Galatea, représenté au printemps de 1718. Ce dernier est l’œuvre de Handel qui a joui de la plus grande popularité du vivant de son auteur : elle connut plus de soixante-dix représentations et Handel la dirigea pour la dernière fois en 1742, lors de son voyage à Dublin. L’œuvre compte aussi parmi celles que le baron van Swieten demandera à Mozart de réorchestrer en 1788. Le sujet, emprunté aux Métamorphoses d’Ovide, servit d’abord à Handel dans la Cantate Aci, Galatea e Polifemo composée à Naples en 1708, durant son séjour italien, mais une seule aria de celle-ci a été reprise dans la production de 1718. Chez Chandos, Handel eut l’occasion de connaître, entre autres poètes et écrivains anglais, John Arbuthnot, John Hughes ainsi que John Gay, et ce dernier est l’auteur présumé du livret, dérivé de Dryden et avec la participation possible de Pope. Depuis plus d’un siècle en Angleterre on nommait masques différentes productions musicales en langue anglaise tenant à l’origine du ballet de cour français, plus tard de la serenata italienne — vaste cantate sans action dramatique véritable mais avec représentation scénique —, et il y entrait un mélange de danses, de dialogues chantés ou parlés, d’airs et de chœurs, le plus souvent sur des sujets pastoraux ou féeriques. À l’époque élisabéthaine, le masque consistait parfois en une action mineure insérée dans une tragédie pour soulager le public d’une tension dramatique insoutenable, et à cela s’est joint un peu plus tard l’esprit lullyste fait de charme et d’invitation aux plaisirs. Beaucoup des musiques de scène et des entractes composés pour des pièces de théâtre, ainsi que ce qu’il est convenu d’appeler les semi-operas de Purcell appartiennent à ce genre hybride. Et jamais ailleurs que dans Acis and Galatea, sauf peut-être dans L’Allegro, il Moderato ed il Penseroso, Handel n’a été aussi près de la finesse et de la grâce de son prédécesseur. Au XVIIIe siècle, le masque connut un développement nouveau et un regain de popularité dans les milieux voulant réagir contre l’invasion de l’opéra italien; Handel aurait pu se faire le porte-flambeau de cette cause, si l’on en juge par le chef-d’œuvre qu’est Acis, mais il était aussi le champion de l’opéra… Synthèse de l’esprit britannique et de la lumière du Sud, l’œuvre, qui laisse aux récitatifs la part congrue, manifeste une parfaite compréhension de la poésie anglaise. Les moyens plutôt limités de l’orchestre du duc furent loin de freiner le génie de Handel; au contraire, ils lui permirent de créer une œuvre élégiaque, riante, pleine de spontanéité et de légèreté pastorale. Après avoir remanié son ouvrage en 1732 d’une façon assez bâtarde, en y mêlant d’autres musiques sur des textes italiens, Handel est revenu à la version de Cannons pour sa publication par John Walsh en 1743. L’ouverture, mouvement de concerto grosso avec solos de hautbois, introduit directement le premier chœur, où l’on entend les bourdons — la note tenue par les basses — des bergers de Calabre ou de Sicile. Galatée fait son entrée avec un bird song et Polyphème n’apparaît que dans la seconde partie, avec une énormité plus bouffonne qu’épouvantable. Le chœur qui avertit les amants du danger commence dans le style fugué ancien, comme pour signifier la sévérité du destin qui les attend, puis il décrit les enjambées et l’apparence du géant par des accords et des masses mouvantes accompagnées de «giant roars». Le sommet de l’œuvre reste sans contredit le trio «The flocks shall leave the mountains», où la calme détermination des jeunes amants s’oppose dans un saisissant contraste à la rage meurtrière de Polyphème. Rien de tragique n’accompagne pourtant la mort d’Acis, puisque la magie de Galatée le rendra immortel en le métamorphosant en une source d’eau pure. La magnifique partition d’Acis and Galatea nous montre bien que la transparence, la sensualité raffinée et la tendresse sont tout aussi caractéristiques de l’art de Handel que la grandeur épique et la majesté dramatique de ses grands oratorios. Mais, quels que soient les moyens qu’il emploie, partout nous frappe et nous ravit l’indéfectible générosité de ce grand musicien européen. — © François Filiatrault, 2003. Disque 1
Disque 2
Église Saint-Augustin de Mirabel (Québec) Juin 2003 |