Ensemble de musique baroque sur instruments d’époque
Francis Colpron, directeur artistique

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Purcell

Les clips audio

Flash 7 requis Purcell: Air «Now the night is chac’d away» (The Fairy Queen, Z. 629)

Flash 7 requis Purcell: Air «Music for a while» (Œdipus, Z. 583)

Flash 7 requis Purcell: Third act hornpipe (King Arthur, Z. 628)

Les éloges de la critique pour Purcell

Les Lignes longues, le vibrato parfaitement dosé, le timbre chaleureux appartiennent à une grande chanteuse et le programme est parfaitement choisi pour coller à ses moyens vocaux. Ce disque, idéalement accompagné par les Boréades de Francis Colpron, fait l’éloge de la patience, de la classe et de la chaleur humaine.
Le Devoir (Québec)

This is absolutely essential for Purcell lovers. And for music lovers, too.
The Audiophile Audition

Royale, c’est le moins que l’on puisse dire de Karina Gauvin… Les œuvres les plus classiques de L’Orfeus Britannicus sont ici toutes présentes… entrecoupées de chaconnes et de musiques de scène brillamment jouées par Les Boréades.
Classica-Répertoire

Karina Gauvin, en symbiose avec l’ensemble Les Boréades de Montréal… Un des meilleurs disques de l’année! (Indispensable)
La Scena Musicale (Québec)

Gauvin sings with passion, ingratiating charm, sincerity and utter conviction… After Gauvin’s enchanting opening phrase, Colpron takes over with as deliciously poised and captivating piece of violin playing as one is ever likely to hear.
International Record Review

Henry Purcell

Karina Gauvin
Les Boréades
Francis Colpron
Femke Bergsma
Grégoire Jeay
Matthew Jennejohn
Stephen Bard
Norman Engel
Hélène Plouffe
Chloe Meyers
Jacques-André Houle
Mélisande Corriveau
Alexander Weimann
Sylvain Bergeron
Nicolas Lessard

• Finaliste à l’ADISQ 2007, Album de l’année — Musique Classique / Vocale
• Finaliste aux Prix Juno 2007, Album classique de l’année — vocal

Bien qu’il soit mort à 36 ans et qu’il n’ait occupé que des postes relativement modestes — organiste de l’abbaye de Westminster et de la Chapelle royale, claveciniste de la private music —, Henry Purcell a composé dans tous les genres de son temps, aussi bien vocaux qu’instrumentaux, religieux que profanes.

Au milieu d’une production considérable, le grand musicien anglais a beaucoup écrit pour la scène. Les pièces de théâtre, comédies et tragédies parfois fort médiocres, font à l’époque entendre de nombreux morceaux de musique, ouverture, danses, airs, act tunes ou curtain tunes, plus ou moins intégrés à la trame dramatique. Invention italienne, l’opéra ne s’était pas implanté en Angleterre; malgré quelques essais, il n’avait pas encore réussi à supplanter le théâtre musical dont les Britanniques étaient friands. Depuis plusieurs décennies, le genre par excellence était le masque, mélange de musique chantée et de danses. Écrit sur un sujet allégorique ou exotique et monté avec des décors et des costumes somptueux, il se présentait comme l’équivalent des ballets de cour dont la France donnait l’exemple depuis la fin du siècle précédent. Le masqueest d’abord un divertissement princier, très en faveur sous le règne de Charles Ier, mais la féerie et le fantastique qu’il propose se font sentir dans presque tous les spectacles de l’époque en Angleterre.

Le seul véritable opéra de Purcell, Dido and Æneas, de dimensions modestes, est un objet inhabituel et presque excentrique, puisqu’il serait le fruit d’une commande passée en 1689 par un pensionnat de jeunes filles dirigé par Josias Priest à Chelsea. D’aucuns estiment cependant que l’œuvre fut donnée un peu auparavant à la Cour, à l’instar du Venus and Adonis de John Blow, dont elle semble s’inspirer, et avec Mary Davies dans le rôle de la reine de Carthage. Ce chef-d’œuvre de concision et de profondeur expressive se termine par l’air When I am laid in earth, le célèbre lamento que chante, avant de mettre fin à ses jours, l’héroïne abandonnée par Énée. Comme le dit Nanie Bridgman, «cette lamentation de Didon, pourtant si courte, atteint aux limites extêmes de l’émotion et constitue l’une des plus belles pages de la musique de tous les temps». Comme c’est le cas pour An Evening Hymn — paru en 1688 dans un recueil collectif d’airs prévus pour la dévotion domestique intitulé Harmonia Sacra — et pour Music for a while — inséré dans l’Œdipus de John Dryden —, cette page célèbre se déroule sur une basse obstinée, ou ground comme on disait en Angleterre. Purcell trouve, à l’intérieur même des contraintes qu’impose ce procédé, des façons toujours renouvelées de traduire la tristesse et la douleur, avec une harmonie audacieuse recourant souvent au chromatisme et jouant sur l’ambiguïté entre modalité et tonalité. Et partout, comme l’explique Jack A. Westrup, pour éviter la possible monotonie, «la ligne vocale se déploie de façon à dissimuler la répétition de la basse.»

Dans ses dernières années, Purcell compose cinq partitions théâtrales particulièrement élaborées, que Roger North qualifie de «semi-operas». Totalement intégrée au spectacle, et non prévue comme de simples interpolations plus ou moins facultatives, la musique participe au déroulement de l’intrigue par des scènes montrant des cérémonies, des tableaux surnaturels ou des épisodes pastoraux, le plus souvent confiées à des personnages secondaires. Ces masquesde diverses dimensions alternent, tels des divertissements ou des intermèdes, avec le dialogue, mais, aux dires de William Christie, «Purcell en fait une série de miroirs qui reflètent l’action mais aussi en révèlent subtilement les ambiguïtés, soulignent les tensions à l’œuvre dans la pièce ou jettent un jour ironique sur certains thèmes, enrichissant ainsi considérablement la trame initiale de l’œuvre». Dans ces semi-operas, Purcell recourt à un orchestre imposant, joignant bois et cuivres aux cordes; il se montre, dans les ouvertures, les danses, l’instrumentation et l’accompagnement des voix, le disciple de Lully, mais il le surpasse par la variété de l’inspiration, le travail des parties intermédiaires et l’invention harmonique, tandis que ses lignes vocales unissent la fluidité italienne aux sonorités et aux couleurs propres à la langue anglaise.

Fruit de l’étroite collaboration de Dryden et de Purcell, King Arthur or The British Worthy est donné en juin 1691 au théâtre de Dorset Gardens. L’histoire raconte la victoire des Bretons, menés par le roi Arthur, sur les Saxons du roi Oswald. Si, de l’avis de Roland de Candé, l’œuvre «fait sourire par son chauvinisme excessif», elle renferme des pages remarquables d’ingéniosité, de vie et d’expression. À l’acte II, l’elfe Philidel guide les armées bretonnes dans la nuit (Hither this way) tandis que des bergers et bergères divertissent la belle Emmeline, la bien-aimée d’Arthur (How blest are shepherdset Shepherds, shepherds, leave decoying). Dans l’air Fairest Isle, à l’acte V, Vénus évoque la naissance miraculeuse de Britannia, l’île où résideront dorénavant l’amour et les plaisirs pour le grand bonheur des Bretons et des Saxons réunis.

The Fairy Queen, montée en mai 1692 à Dorset Gardens dans une mise en scène extravagante et coûteuse, se présente comme une révision du Midsummer Night’s Dream de Shakespeare. Beaucoup d’ailleurs considèrent que l’imagination poétique et l’humour incomparables que Purcell déploie dans cette magnifique partition respectent mieux l’esprit de l’œuvre originale que ne le fait l’adaptation, sans aucune ligne du texte original, du texte de Shakespeare par Alkanah Settle. Ici, selon Christie, «le théâtre musical baroque anglais, spectacle total et protéiforme, hautement divertissant et riche en émotions et en contrastes, atteint son apogée». Les masquesde chacun des actes montrent les chassés-croisés amoureux et les pouvoirs magiques de Titania et d’Obéron, la reine et le roi des fées. À l’acte II, la Nuit (See, even Night herself is here), le Mystère, le Secret (One charming night) et le Sommeil endorment Titania; à l’acte III, l’air If Love’s a sweet passion accompagne l’amour de Titania pour l’âne Bottom, résultat d’un philtre magique; une suivante chante Now the night is chas’d awayà l’acte IV pour annoncer l’arrivée de Phœbus sur son char; enfin l’air Hark! The echoing air annonce, au cinquième et dernier acte, le triomphe de l’amour et la réconciliation des couples. Dans cette partition, la plus longue que le musicien ait écrite pour la scène, «l’invention mélodique, rythmique et instrumentale de Purcell est inépuisable, selon Roland de Candé, [tandis que] son écriture riche et raffinée se joue de tous les styles et de toutes les techniques».

Henry Playford, dans l’édition de 1698 du recueil d’airs de Purcell intituléOrpheus Britannicus, indique que From rosy bowers se présente comme «the last song the author sett, it being in his sickness». Inséré dans The Comical History of Don Quixote de Thomas D’Urfey, comédie représentée en 1695, cet air, qui se développe comme une véritable scène, se présente en cinq sections contrastées. Chanté par Altisidore — rôle tenu à l’époque par la toute jeune Letitia Cross —, qui veut jouer à Don Quichotte une parodie de l’amour pour le détourner de Dulcinée, c’est un air de folie «peignant les émotions exacerbées [...] par d’abrupts changements de tempo et des modulations et dissonances inattendues», selon la description de Christie. Pour illustrer les liens entre l’exaltation, la déception amoureuse et la folie, D’Urfey avait prévu la succession suivante, que Purcell a parfaitement respectée: Sullenly Mad - Mirthfully Mad (a swift Movement) - Melancholy Madness - Fantastically Mad - Stark Mad.

Exploitant comme personne la vitalité et la souplesse de la langue anglaise, la musique de scène de Purcell montre une exceptionnelle diversité de tons et d’atmosphères. Rien, en effet, n’est étranger à son inspiration: les joies et les tourments de l’amour, les douleurs de l’abandon, les mystères de la nuit, les divagations de la folie, tout reçoit le ton le plus juste qu’on puisse imaginer. John Dryden, soucieux de concilier poésie et art des sons, s’est déclaré enchanté de sa collaboration avec le musicien, admirant la perfection à laquelle est parvenue la musique en Angleterre «entre les mains habiles de M. Purcell», et précisant que son «grand génie ne peut rien craindre d’autre qu’un public ignorant et sans jugement»!

Il est difficile de connaître avec précision la personnalité des musiciens qui ont vécu à des époques reculées; on ne peut souvent se fier qu’à des anecdotes ou à des témoignages parfois contestables et souvent de seconde main. Quelques rares écrits nous décrivent Purcell comme un homme affable, spontané, généreux envers les musiciens, fidèle en amitié et non dénué d’humour. Il est heureux en mariage, bien qu’il ait perdu des enfants en bas âge, comme il arrivait souvent à l’époque. C’est à peu près tout ce qu’on peut dire sur l’homme, malgré les accents si personnels qu’on décèle parfois dans sa musique. L’idéologie romantique aime relier la composition de certaines œuvres aux aléas de la vie de leur créateur, mais on chercherait en vain une telle correspondance chez Purcell et ses contemporains. Il est tentant toutefois de croire que la sensibilité, la poésie mélancolique et la vigueur fiévreuse qui se dégagent de l’art de l’Orphée britannique, de son harmonie tendue et des «qualités anguleuses» de sa mélodie, selon l’expression de Manfred Bukofzer, dressent une sorte de portrait de la personnalité et des sentiments du musicien. Rien n’est moins sûr: la veine de nostalgie qu’il manifeste est courante dans l’Angleterre de son temps; il faut convenir cependant qu’il y fait mieux que ses contemporains!

— © François Filiatrault, 2006

01. Flash 7 requis Purcell: Air «Now the night is chac’d away» (The Fairy Queen, Z. 629)

02. Purcell: Air «If Love’s a sweet passion» (The Fairy Queen, Z. 629)

03. Purcell: Air «Fairest isle» (King Arthur, Z. 628)

04. Purcell: Air «Strike the Viol» (ode «Come ye sons of art away», Z. 323)

05. Purcell: Air instrumental (King Arthur, Z. 628)

06. Purcell: Air «See, even Night her self is here» (The Fairy Queen, Z. 629)

07. Purcell: Overture — Symphony while the swans come forward (The Fairy Queen, Z. 629)

08. Purcell: Lamento de Didon «When I am laid in earth» (Dido and Æneas, Z. 626)

09. Purcell: An Evening Hymn, Z. 193 (Harmonia Sacra, Londres)

10. Flash 7 requis Purcell: Air «Music for a while» (Œdipus, Z. 583)

11. Purcell: Chaconne (King Arthur, Z. 628)

12. Purcell: Air «Hither this way» (King Arthur, Z. 628)

13. Purcell: Air «Shepherd, shepherd» (King Arthur, Z. 628)

14. Flash 7 requis Purcell: Third act hornpipe (King Arthur, Z. 628)

15. Purcell: Prelude (The Fairy Queen, Z. 629)

16. Purcell: Air «One charming night» (The Fairy Queen, Z. 629)

17. Purcell: First Music (The Fairy Queen, Z. 629)

18. Purcell: Air «How blest are shepherds» (King Arthur, Z. 628)

19. Purcell: Scène «From rosy bowers» (Don Quixote, Z. 578)

20. Purcell: Trumpet tune (King Arthur, Z. 628)

21. Purcell: Air «Hark! The echoing air» (The Fairy Queen, Z. 629)

Réalisation, enregistrement et montage: Johanne Goyette, Église Saint-Augustin, Saint-Augustin de Mirabel (Québec), du 21 au 22 juillet 2006

Page doc@disques.boreades.acd_2_2398 générée à Montréal par litk 0.600 le mardi 27 septembre 2011.
Conception et mise à jour: DIM.