Ensemble de musique baroque sur instruments d’époque
Francis Colpron, directeur artistique

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Sonates virtuoses du XVIIe siècle

Les clips audio

Flash 7 requis Pachelbel: Suite IV (Sonata, Courante, Aria, Ciaccona)

Flash 7 requis Hume: Captain Hume's Lamentations

Les éloges de la critique pour Sonates virtuoses du XVIIe siècle

Francis Colpron et son ensemble apportent aussi un sens du style dont le raffinement est extrême.
— Le Devoir (Québec)









Les Boréades
Francis Colpron
Hélène Plouffe
Susie Napper
Maxime Bouchard

• Finaliste au Gala de l’ADISQ 1995

«L'homme n'est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu'il est en mouvement.»
Le Bernin

À la fin du XVIe siècle se produit une des plus grandes transformations idéologiques et esthétiques de l'histoire de l'Occident, le passage de la Renaissance au Baroque. Né en Italie, I'art baroque est d'abord un art du mouvement, de l'illusion et de l'enchantement, il cherche à susciter les émotions, à persuader et à utiliser pour cela tout ce qui s'offre au plaisir des sens. Ce nouvel idéal se rattache à une conception de l'être humain venue de l'Antiquité, une conception qui estime que les arts et l'éloquence peuvent «émouvoir, rendre meilleur, changer et apaiser les sentiments». Et ce n'est pas un hasard si Colombo et Harvey avancent à cette même époque que le sang n'est pas immobile dans le corps humain, mais qu'il circule sans arrêt dans toutes ses parties, pompé par le coeur.

«On a beaucoup discuté sur l'origine du mot baroque, on doit tenir à présent pour certain qu'elle est dans le mot portugais: barroco employé pour désigner la perle irrégulière.»
Yictor L Tapié, Baroque et classicisme, 1980.

Les théoriciens décrivent l'art baroque comme un art de l'exubérance, de l'irrégularité, de l'artifice et du contraste, établi sur une «forme ouverte», selon le mot d'Heinrich Wolfflin, d'une grande liberté et sur une structure mouvante et plurielle, où, au contraire des formes statiques cultivées par la Renaissance, chaque élément plastique renvoie le regard du spectateur vers les éléments voisins. Ainsi, visant d'abord l'expression des diverses passions, les créations picturales et architecturales du Baroque ne laissent jamais l'oeil en repos, et partout le regard rebondit, subjugué, devant les saints en extase ou les mouvements de pierre des façades.

La musique participe pleinement de cette ivresse, faisant mentir ceux qui prétendent encore que ses réalisations sont en retard sur celles des autres arts. L'abandon des structures polyphoniques des siècles précédents, le développement de la monodie accompagnée et l'affirmation du rôle de l'harmonie établissent dès 1600 les bases de l'opéra, le genre baroque par excellence. Donnant libre cours aux mouvements des sentiments, I'individualisation des personnages et la libération de la courbe mélodique de l'enchevêtrement des voix correspondent exactement à la mobilité et aux tensions essentielles à la peinture et la sculpture du temps.

À côté de l'opéra et parallèlement à l'essor de la mélodie vocale, la musique instrumentale est assurément l'une des plus belles réalisations de l'art baroque. Durant la Renaissance, les instruments donnaient des transcriptions d'oeuvres vocales à plusieurs parties et jouaient les danses requises dans les bals et les réjouissances de toute sorte, mais dès la fin du XVIe siècle apparaissent les premières oeuvres qui donneront naissance tant à la musique de chambre qu'à la symphonie. Et la virtuosité vocale trouvera vite à s'adapter au violon, à la flûte à bec, à l'orgue, au clavecin, avec le même souci expressif et sensuel, contribuant au développement de leurs caractéristiques propres.

D'autre part, la prolifération des formes instrumentales et l'imprécision de leur définition montrent la grande liberté créatrice dont jouissent les compositeurs, tandis que les éléments qui caractérisent les arts plastiques se retrouvent dans les canzonas, ricercares, sonates et suites qui verront le jour au long du XVIIe siècle. Les changements soudains des rythmes et la succession des tempos évoquent les contrastes des courbes et des contre-courbes, les oppositions dynamiques entre piano et forte, les brusques alternances de lumière, et les ornements, souvent fruits de l'improvisation, dont les musiciens fleurissent les mélodies renvoient aux éléments décoratifs qui animent les architectures. Même le trompe-l'oeil trouve son pendant dans une sorte de trompe-l'oreille, trait d'illusion auditive dont les figures de bariolage propres au violon donnent le meilleur exemple.

Mais ce passage de la Renaissance au Baroque, aussi radical soit-il, ne constitue en aucune façon une rupture. Le XVIIe siècle conserve les acquis du siècle précédent et la solidité structurelle demeure, sous l'apparence de l'exubérance désordonnée. La musique ne rejette pas les bénéfices de l'ancienne polyphonie: érigeant lentement de nouvelles structures compositionnelles, elle intègre, dans la création du style concertant, les éléments contrapuntiques qui peuvent toujours séduire l'oreille. Ainsi la sonate en trio, ou ses équivalents à plusieurs voix, utilisera les procédés de l'imitation et le Baroque musical créera bientôt la fugue, dernier fleuron de l'art polyphonique.

Le plus grand musicien italien de la première moitié du XVIIe siècle pour la musique instrumentale demeure sans conteste Girolamo Frescobaldi. Organiste à Saint-Pierre de Rome, il destine l'essentiel de son oeuvre, ricercares, toccatas et variations, à l'orgue et au clavecin, mais il laisse quelques recueils de canzonas à plusieurs voix pour diverses combinaisons d'instruments. Tarquinio Merula est lui aussi organiste, d'abord à la cour du roi Sigismond III à Varsovie, puis à Crémone, Bergame et Venise. Ses œuvres de musique de chambre annoncent ce que sera la sonate en trio. Quant à Marco Uccellini, il joue le violon pour la famille des Este à Modène et monte les spectacles de la cour de Parme: dans ses sonates pour violon, il perfectionne la technique de l'archet et utilise à l'occasion la scordatura.

Bien que chacun garde ses caractéristiques nationales, tous les pays d'Europe sont vite rejoints par le vent du changement, et la musique se transforme sous l'influence de l'ltalie. Tobias Hume laisse quelques recueils de pièces diverses pour les violes, uniques dans la production du temps; Hume est d'abord un soldat, mercenaire en Suède et en Russie, et ses compositions, qu'il jouait lui-même, sont les fruits de son oisiveté, comme il le dit dans la préface de The First Part of Ayres, aussi nommé Captain Humes Musical Humors, ajoutant: «Ma carrière ayant été consacrée aux armes, comme le fut mon éducation, c'est vers la musique que s'est tournée la seule part féminine de moi-même». Jacob van Eyck est carillonneur à la cathédrale d'Utrecht avant d'être inspecteur des cloches de la ville; virtuose de la flûte à bec, ses pièces pour une et deux flûtes montrent une grande ingéniosité dans l'art de la variation.

Ce sont les musiciens allemands et autrichiens qui vont, plus que tous les autres, se mettre à l'école de l'ltalie. Johann Heinrich Schmeizer s'approprie les techniques violonistiques transalpines et figure parmi les grands virtuoses de son temps, maître de chapelle de la cour impériale à Vienne, il contribue, à partir des modèles italiens, à la création d'un style musical typiquement autrichien. Johann Rosenmüller étudie et travaille comme organiste d'abord à Leipzig, d'où il est chassé pour une histoire de moeurs; il passe alors plus de vingt ans à Venise avant de gagner Wolfenbuttel, et son oeuvre réunit la gravité introvertie des Allemands et la sensualité italienne. Enfin, chez Johann Pachelbel, organiste à Regensbourg, Vienne, Eisenach, Stuttgart et Nuremberg, entre autres villes, I'influence française se fait sentir et ses suites et sonates en trio manifestent les structures plus codifiées qui seront celles du XVIIIe siècle.

— François Filiatrault

01. Merula: Canzona La Loda

02. Flash 7 requis Pachelbel: Suite IV (Sonata, Courante, Aria, Ciaccona)

03. Uccellini: Sonata seconda

04. Flash 7 requis Hume: Captain Hume's Lamentations

05. Merula: Sonata IV

06. Rosenmüller: Ciacona

07. Eyck: Engels Nachtegealtje

08. Frescobaldi: Canzona La Gualterina

09. Schmelzer: Sonata XI

Église Saint-Joachim de Châteauguay, du 23 au 26 mai 1994

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