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Disques > Les Boréades > Sonates virtuoses du XVIIe siècle
Les clips audioPachelbel: Suite IV (Sonata, Courante, Aria, Ciaccona) Hume: Captain Hume's Lamentations Les éloges de la critique pour Sonates virtuoses du XVIIe siècleFrancis Colpron et son ensemble apportent aussi un sens du style dont le
raffinement est extrême.
Les Boréades • Finaliste au Gala de l’ADISQ 1995 «L'homme n'est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu'il est en
mouvement.» À la fin du XVIe siècle se produit une des plus grandes transformations idéologiques
et esthétiques de l'histoire de l'Occident, le passage de la Renaissance au Baroque. Né
en Italie, I'art baroque est d'abord un art du mouvement, de l'illusion et de
l'enchantement, il cherche à susciter les émotions, à persuader et à utiliser pour cela
tout ce qui s'offre au plaisir des sens. Ce nouvel idéal se rattache à une conception
de l'être humain venue de l'Antiquité, une conception qui estime que les arts et
l'éloquence peuvent «émouvoir, rendre meilleur, changer et apaiser les sentiments». Et
ce n'est pas un hasard si «On a beaucoup discuté sur l'origine du mot baroque, on doit tenir à présent pour
certain qu'elle est dans le mot portugais: barroco employé pour désigner
la perle irrégulière.» Les théoriciens décrivent l'art baroque comme un art de l'exubérance, de
l'irrégularité, de l'artifice et du contraste, établi sur une «forme ouverte», selon le
mot d' La musique participe pleinement de cette ivresse, faisant mentir ceux qui prétendent encore que ses réalisations sont en retard sur celles des autres arts. L'abandon des structures polyphoniques des siècles précédents, le développement de la monodie accompagnée et l'affirmation du rôle de l'harmonie établissent dès 1600 les bases de l'opéra, le genre baroque par excellence. Donnant libre cours aux mouvements des sentiments, I'individualisation des personnages et la libération de la courbe mélodique de l'enchevêtrement des voix correspondent exactement à la mobilité et aux tensions essentielles à la peinture et la sculpture du temps. À côté de l'opéra et parallèlement à l'essor de la mélodie vocale, la musique instrumentale est assurément l'une des plus belles réalisations de l'art baroque. Durant la Renaissance, les instruments donnaient des transcriptions d'oeuvres vocales à plusieurs parties et jouaient les danses requises dans les bals et les réjouissances de toute sorte, mais dès la fin du XVIe siècle apparaissent les premières oeuvres qui donneront naissance tant à la musique de chambre qu'à la symphonie. Et la virtuosité vocale trouvera vite à s'adapter au violon, à la flûte à bec, à l'orgue, au clavecin, avec le même souci expressif et sensuel, contribuant au développement de leurs caractéristiques propres. D'autre part, la prolifération des formes instrumentales et l'imprécision de leur définition montrent la grande liberté créatrice dont jouissent les compositeurs, tandis que les éléments qui caractérisent les arts plastiques se retrouvent dans les canzonas, ricercares, sonates et suites qui verront le jour au long du XVIIe siècle. Les changements soudains des rythmes et la succession des tempos évoquent les contrastes des courbes et des contre-courbes, les oppositions dynamiques entre piano et forte, les brusques alternances de lumière, et les ornements, souvent fruits de l'improvisation, dont les musiciens fleurissent les mélodies renvoient aux éléments décoratifs qui animent les architectures. Même le trompe-l'oeil trouve son pendant dans une sorte de trompe-l'oreille, trait d'illusion auditive dont les figures de bariolage propres au violon donnent le meilleur exemple. Mais ce passage de la Renaissance au Baroque, aussi radical soit-il, ne constitue en aucune façon une rupture. Le XVIIe siècle conserve les acquis du siècle précédent et la solidité structurelle demeure, sous l'apparence de l'exubérance désordonnée. La musique ne rejette pas les bénéfices de l'ancienne polyphonie: érigeant lentement de nouvelles structures compositionnelles, elle intègre, dans la création du style concertant, les éléments contrapuntiques qui peuvent toujours séduire l'oreille. Ainsi la sonate en trio, ou ses équivalents à plusieurs voix, utilisera les procédés de l'imitation et le Baroque musical créera bientôt la fugue, dernier fleuron de l'art polyphonique. Le plus grand musicien italien de la première moitié du XVIIe siècle pour la musique
instrumentale demeure sans conteste Bien que chacun garde ses caractéristiques nationales, tous les pays d'Europe sont
vite rejoints par le vent du changement, et la musique se transforme sous l'influence
de l'ltalie. Ce sont les musiciens allemands et autrichiens qui vont, plus que tous les autres,
se mettre à l'école de l'ltalie. — François Filiatrault
Église Saint-Joachim de Châteauguay, du 23 au 26 mai 1994 |