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Les femmes et la musique à l’époque baroque

L’histoire de la musique en occident a longtemps fait briller une éclatante absence : celle des femmes, cantonnées pour l’essentiel dans le rôle, splendide et hautement célébré de muse et d’interprète lyrique. Les temps ont heureusement changé : on compte de nos jours de merveilleuses interprètes (chanteuses et instrumentistes), des chefs de chœurs et d’ensembles instrumentaux ainsi que des compositeurs remarquables parmi les femmes. En explorant le lointain passé, on découvre quelques rares compositrices, souvent peu connues, figures d’exception aux destins de légende, depuis la religieuse mystique Hildegard von Bingen, en passant par Beatriz de Dia, la femme troubadour…

Les XVIIème et XVIIIème siècles retiennent les noms de la claveciniste Elisabeth Jacquet de la Guerre (1 sur la photo de couverture) ou encore celui de Barbara Strozzi (2 sur la photo de couverture), qui composa un grand nombre de cantates profanes…

Isabella Leonarda

Ces deux siècles admettent l’image de la femme musicienne. Le fait que les femmes embrassent une profession artistique n’était pas en contradiction avec les modèles d’éducation en vigueur à l’époque. La plupart des jeunes femmes instruites étaient dans les ordres, telle Isabella Leonarda (1620-1704). Jouissant de la sécurité matérielle au sein de l’Église, elles bénéficiaient de l’enseignement d’un maître de musique et pouvaient s’exercer à la composition mais devaient par leur art s’en tenir au domaine sacré et à la seule gloire du tout puissant. À l’époque baroque, les princesses s’investissent dans la musique comme symbole de culture et commencent à prendre des leçons auprès des plus grands musiciens de cour. Née de cette conjoncture, l’idée d’un art musical d’agrément pseudo-culturel apparaît bien au XVIIIe et se poursuivra jusqu’à l’aube du XXe siécle. Mais attention, même si ce modèle d’éducation leur permettait, non sans paternalisme, de se consacrer à des activités musicales, on ne faisait pas appel à leurs capacités réellement créatrices, ni à toute l’étendue de leurs connaissances. Et pourtant….

La courtisane représente l’autre monde du Haut Baroque italien où pouvaient se produire, évoluer les femmes musiciennes de métier. Indépendante, elle assurait par ses charmes et son esprit sa propre subsistance et était l’artisane de sa destinée. Les textes historiques mettent sans cesse en évidence telle ou telle artiste, en raison de son intelligence, de l’étendue de ses connaissances et de la maîtrise de plusieurs langues. Il n’était pas rare qu’elle soit, à l’instar de Barbara Strozzi, membre d’académies ou de foyers artistiques de plus en plus nombreux en cette période.

En France, Élisabeth Jacquet de la Guerre (1667-1729) fut non seulement une claveciniste prodige mais encore une compositrice appréciée. Chose exceptionnelle elle a mené une carrière indépendante en tant que musicienne aux côtés de son cousin François Couperin, de trois ans son cadet. Sur le plan musical, elle fait preuve de modernité. Avide de découvertes, Élisabeth Jacquet de La Guerre se classe sans conteste au rang des novateurs et pionniers. Son écriture révèle un véritable génie, capable d’absorber les courants nouveaux de son entourage musical. Dans la virulente dispute autour de la suprématie de la musique française ou italienne, elle prend clairement parti contre les traditionalistes en défendant l’idée de la « réunion des goûts ».

Ces femmes passionnantes et talentueuses, au caractère indépendant, nous laissent des œuvres éclectiques, allant de la musique instrumentale soliste ou de chambre aux œuvres vocales composées selon l’esthétique de leur époque, pleines de sensibilité, de finesse et dotées d’un charme incomparable.  Il n’en tient qu’à nous d’aller voir et entendre ces perles rares.

 

Extraits sonores

Francis Colpron
boreades@sympatico.ca

Directeur artistique des Boréades de Montréal.

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