La rhétorique de la musique: Portée des écrits de Burmeister

La rhétorique de la musique: Portée des écrits de Burmeister

Il est difficile d’établir avec certitude quelle a été l’influence précise des écrits de Burmeister. Les ouvrages eux-mêmes ont été assez peu diffusés, ils sont sans aucun doute apparus d’une érudition déconcertante à de nombreux lecteurs, mais il existe des preuves d’une réception de ses textes en Allemagne, en Suède et au Danemark. Les théoriciens allemands ont probablement eu une connaissance essentiellement indirecte de ses réflexions, même si au moins une exception est notable : en 1664, un étudiant de Tübingen appuie sa dissertation de doctorat composée en latin sur des pans entiers du travail de Burmeister. Il cite ses sources, mais au fond son travail relève de la copie, du plagiat dirait-on aujourd’hui.

Kircher Musurgia Universalis

Sans qu’il soit sûr que Burmeister ait joué un rôle direct et décisif dans cette évolution, il se trouve que dès les années 1610, les traités de figures musicales fleurissent, composés à l’époque en langue latine : c’est en effet cet aspect de la rhétorique musicale qui est le plus accessible et le plus marquant. De la même façon qu’aujourd’hui, dans les études, le premier contact avec la rhétorique passe par la découverte des figures de style, de même à l’époque, la partie la plus saillante des traités évoquant la rhétorique musicale est celle qui est consacrée aux figures. Ensuite, au fil des décennies, les traités en langue latine commencent à coexister avec les traités en langue vernaculaire.

La fortune de la rhétorique musicale, initialement théorisée par des Allemands réformés, a été telle qu’elle a engendré une riposte de la part des jésuites romains. Il était inimaginable que les jésuites laissent les luthériens s’imposer dans ce domaine. En 1650, le célèbre Athanase Kircher, grande figure du collegium romanum à Rome, lui-même Allemand par ailleurs, intègre donc à son grand ouvrage sur la musique, la Musurgia universalis, des chapitres consacrés à la rhétorique musicale. Au XVIIIe siècle, les Allemands, qui continuent à s’exprimer en latin dans un certain nombre d’ouvrages érudits, restent très attentifs à la question de la rhétorique musicale. Leurs ouvrages sur la question sont jalonnés d’expressions latines précises, qui renvoient à la tradition d’enseignement de la rhétorique. Ils conservent aussi l’empreinte des traités antiques, qui ont ainsi été transmis et assimilés sur une durée de plusieurs siècles. C’est le cas du traité publié par le musicien Johann Joachim Quantz, qui fut le flûtiste en titre du roi Frédéric II de Prusse à la cour de Potsdam, et son professeur personnel. Ce traité, intitulé Essai d’une méthode pour apprendre à jouer de la flûte traversière, a été publié en 1752 à Berlin, dans une version allemande, mais aussi dans une version française, puisque le français est la langue parlée dans les milieux aristocratiques allemands. Ses recommandations concernant l’expression musicale comptent aujourd’hui parmi les plus éloquentes et les plus instructives pour les musiciens qui pratiquent la musique ancienne « sur instruments d’époque ».

Francis Colpron

 

Bibliographie

Joachim Burmeister, Musical Poetics (Yale University Press, 1993)

Judy Tarling,  The Weapons of Rhetoric (Corda Music, 2005)

Agathe Sueur, La rhétorique musicale : une approche de la musique nourrie par le latin (XVIe-XVIIIe siècle) (Paris, 2015)

Blake Wilson, George J, Buelow et Peter A. Hoyt, Rhetoric and music (Grove Dictionary, 2001)

Patricia M. Ranum, The Harmonic Orator (Pendragon Press, 2001)

Johann Joachim Quantz,  Essai d’une méthode pour apprendre à jouer de la flûte traversière (Zurfluh-Paris, 1975)

 

Ce texte est le quatrième et dernier d’une série portant sur la rhétorique de la musique. Pour lire la suite, cliquez sur le lien suivant:

Francis Colpron
boreades@sympatico.ca

Directeur artistique des Boréades de Montréal.

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